Entretien avec Maitre Wang Xuan Jié sur le Sujet des Arts Martiaux

"Entretien avec Me Wang Xuan Jié et Michèle et Christian Ribert au sujet des Arts Martiaux"

Maitre Wang Xuan Jié

Nous avons retrouvé récemment un enregistrement audio où l’on entend Me WANG Xuanjié répondre à nos questions.

Cet après-midi du 26 Juillet 1996, nous bavardions au sujet des Arts Martiaux et de l’arrivée des formules très médiatisées de combats extrêmes…UFC…MMA … FREE FIGHT…

Quelle est votre conception des Arts Martiaux Chinois ?

Me Wang XuanJié : Les vrais arts martiaux chinois sont, dans leurs démarches, comme les médecines traditionnelles chinoises.
Un maître authentique de médecine traditionnelle chinoise pratique une médecine bien supérieure à la médecine occidentale.
Mais un praticien ordinaire de médecine chinoise est moins efficace qu’un médecin occidental qui applique intelligemment la médecine instrumentale.
On retrouve la même situation dans les arts martiaux.

Les arts martiaux chinois d’aujourdh’ui ne sont pas supérieurs aux sports de combat occidentaux.
Le véritable art martial chinois est une combinaison entre l’entraînement technique et la connaissance de l’esprit (philosophie).
L’art martial ne peut pas se réduire à la maîtrise de gestes techniques. Donner une importance à la forme ne peut aboutir qu’à de mauvais résultats, à de mauvaises blessures.

Vous avez vu la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques d’Atlanta. Mohamed ALI, le boxeur légendaire, a allumé la flamme olympique. On voyait bien sûr qu’il était handicapé, cet exemple est révélateur.
Maintenant, en Chine, on développe le judo, la boxe anglaise, le Tae Kwondo… c’est comme si on remplaçait des bijoux par des pierres.

Comment distinguer les bonnes approches des mauvaises ?

Le mieux, le meilleur, n’est pas compliqué en apparence. Mais la base théorique est très riche et cela peut être longuement examiné et éprouvé par le temps et la réalité.
Les approches erronées sont très riches en apparences, très colorées, beaucoup de formes, mais leurs théories sont faibles et superficielles.
De plus, quand on est confronté à la réalité, ces approches ne permettent pas toujours de l’emporter sur l’adversaire.

Comment savoir si l’on a à faire à un maître ou à un charlatan ?

Il y a des hommes qui présentent bien, mais ces personnes ne sont pas obligatoirement bien à l’intérieur.
On détecte l’avancement d’un homme sur la voie quand celui-ci n’est pas trop intéressé par les désirs matériels ni par l’intérêt pour l’argent.
On ne peut pas vivre sans argent, mais ce n’est pas pour cette raison qu’il faut vivre pour l’argent.

Si je disais au public que je suis un maître de Chi Qong, je serais très riche.

J’ai pratiqué le Bouddhisme et l’ai enseigné dans des instituts, j’ai aussi longuement étudié le taoïsme. Je peux maintenant combiner ces deux connaissances et le Da Cheng Chuan puis enseigner cette nouvelle méthode, mais je ne le fais pas.

On peut emprunter plusieurs chemins pour acquérir réputation ou richesse, mais il ne faut pas tromper les gens, alors je ne parle pas de Chi Qong.
Quand on développe nos qualités spirituelles, on peut atteindre une grande qualité technique, mais si les gens sont faux et méchants, comment peuvent-ils atteindre une haute réalisation technique ?
Cela arrive, mais ce n’est pas total. Un esprit limité…une technique limitée.
Pour une souris, l’adversaire le plus redoutable c’est le rat, et pas le tigre.

Pourquoi le tigre est-il présenté comme un exemple de force dans le monde des Arts Martiaux Chinois ?

Ce n’est pas grâce à son poids, à sa technique, ou … à son intelligence.
C’est parce qu’il utilise une force, une énergie spontanée.
Sa force vient de sa décontraction : comme il est détendu, il est rapide.
La vitesse provient de la décontraction du corps et du mental. C’est le principe essentiel du Da Cheng Chuan, c'est-à-dire le principe tension /détente.

On dit que le Da Cheng Chuan n’est pas seulement une technique de santé, mais aussi et surtout une méthode redoutable de combat ?

Ce sont là les effets de la pratique, mais à travers la réputation d’efficacité du Da Cheng Chuan, on doit faire savoir aux pratiquants comment on peut vraiment se protéger en ne dépassant pas les limites pour blesser inutilement les autres.
Quand vous respectez les autres, vous recevez en retour le respect, quand vous aimez les autres, vous recevez de l’amour.
Et il est possible d’aller encore plus loin, même si vous ne m’aimez pas, je vous offre mon amour.

Confucius a dit : « Peu importe comme il me traite, je fais ce que je dois faire » et le Bouddha a dit « Quand il me fait du mal, je me sens triste pour lui ».

Que pensez-vous de ces nouvelles disciplines de combat extrêmes ?

Quand on voit ces images (magazines d’arts martiaux et de sports de combat extrêmes), si on reste clairvoyant, cela rappelle deux chiens affamés qui se battent pour un morceau d’os.
Avoir cette attitude, c’est ouvrir les portes des enfers et bien sûr s’éloigner de la bienveillance et de la compassion.
En Da Cheng Chuan, les coups de pieds et coups de poings existent aussi bien sûr mais ce sont des outils de dernière solution et ce n’est pas le but.

Les objectifs du Da Cheng Chuan sont la préservation de la santé et l’assimilation (l’apprentissage) d’une philosophie intérieure. Développer le calme mental et la force interne, c’est la spécificité du Da Cheng Chuan.
Vous savez, face la mort, même les hommes les plus puissants, les plus riches, sans vie spirituelle, se sentent perdus, seuls et faibles.


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